Film-documentaire : Lignes de Vignes de Thierry Pouget

Le Mardi 3 avril 2018, au cinéma Utopia St-Ouen l'Aumône (Val d'Oise), a eu lieu en séance unique la projection du film documentaire Lignes de Vignes (France, 2017) pour la première fois présenté en public.
La séance était suivie d'une rencontre avec Thierry Pouget, le réalisateur. Il travaille principalement en tant que directeur de la photographie dans le domaine de la publicité et des longs métrages.

 C'est à cause du givre. Ou plutôt c’est grâce au givre que Thierry Pouget a eu l’envie de filmer ce documentaire.
Le déclic s’est passé un matin alors que les ceps de vignes appartenant à ses voisins scintillaient de froid dans la campagne blanchie par le givre.

Il y a 30 ans, Duarte et Mira Dos Santos, ses voisins, quittèrent leur Portugal natal pour la Bourgogne à la recherche de travail.

 Sans argent et ne parlant pas un mot de français, ils sont néanmoins embauchés comme tâcherons dans un domaine viticole dans lequel ils travaillent encore aujourd’hui. Ce domaine, entre la région qu'on appelle le grand Auxerrois et la Bourgogne septentrionale,  se situe près de Chablis et Tonnerre.

Qu’est-ce qu’un tâcheron ? Un tâcheron est un ouvrier ayant en charge trois hectares et demi de vigne pour un temps complet. Pour donner un ordre d’idée, dans cette région la moyenne est de 10 000 pieds par hectare) 



Ce matin-là, dans un ciel bleu cristallin, le soleil se battait contre les brumes matinales et l’air glacial. Au milieu de cette scène figée, Duarte et Mira travaillaient dans leurs vignes. Seuls.

Pendant une année, la caméra de Thierry Pouget s'est immiscée presque confidentiellement non seulement dans le travail quotidien mais également au plus près de ces gens "qui ont les mains dans la terre".

Les séquences et le montage sont affûtés comme les sécateurs que Duarte prend soin d'aiguiser cérémoniellement tous les soirs durant les trois mois de taille des vignes.

Par la réalisation, tout devient palpable à travers l'écran : le froid cinglant des matins printaniers; la complicité, la bienveillance et l'amour du couple face aux travaux de la vigne; la réalité de ce travail physique et mental.

"Comment ne pas filmer cette beauté, ce paysage hallucinant, comment ne pas filmer ce travail éprouvant, comment ne pas filmer ce courage, cette force, cette gentillesse et cet amour qui se dégageaient d’eux, dans ce décor inouï."
Thierry Pouget 


La précision de la bande sonore rythme le documentaire par les coups de sécateurs électriques ou par l'attacheur qui permet de lier le sarment au fil de fer du palissage

Palpable, il l'est aussi le cycle des journées de travail qui, elles, composent les deux grands cycles de la vigne :  le cycle végétatif de mars à mi-novembre pour l'hémisphère nord; et la dormance d'hiver de mi-novembre à mars.

Comment parler de viticulture sans évoquer les aléas de la nature, ceux contre lesquels l'humain ne peut rien ou si peu. Je pense à la réaction de Duarte et Mira et leur sagesse exemplaire face à l'anéantissement presque total d'une partie du vignoble malgré les brasseurs d'air, asperseurs et brûleurs que sont les protections contre les gelées printanières tueuses.

Le film se termine sur les vendanges et, une fois que débute le générique de fin, il y a cette étrange sensation qui demeure : d'une part d'être bien et presque de ressentir l'envie de faire comme Duarte et Mira; d'être comme eux.

 

Protection contre le gel

Dans Lignes de Vigne, lorsque la période des gelées printanières arrive, on peut admirer de magnifiques plans qui montrent les trois techniques principalement employées pour protéger les bourgeons du froid matinal :

Documentaire : Lignes de Vignes de Thierry PougetLes brûleurs à propane et les chaufferettes (image principale de cet article) : Efficaces contre tout type de gel, les brûleurs à propane sont moins polluants, moins couteux et automatisables contrairement aux chaufferettes qui elles fonctionnent au fioul.

Les brasseurs d'air : sorte petites éoliennes qui créent des courants d'air un peu plus chaud.

Les asperseurs : Technique qui consiste à arroser la vigne pendant la période de gelée grâce à des asperseurs. Ceci afin que la température des organes herbacés ne descende pas en dessous de 0°C. De ce fait, chaque bourgeon est entouré par un cocon de glace protecteur mais n'est pas grillé par le gel.

 

Le cycle de la vigne

Pour comprendre le cycle de la vigne, voici les noms de ses différentes étapes dans l'hémisphère nord :

Mars et avril, le débourrement : il marque le début du cycle végétatif. Les bourgeons grossissent et éclosent formant les nouveaux rameaux.

Mai et juin, la floraison et nouaison : c’est à ce stade que la vigne a besoin de chaleur, de soleil et peu de pluie. La nouaison est l’étape de transformation des fleurs en fruits.

Juillet-septembre , la véraison : en été, moment où les raison commencent à mûrir.

Septembre et octobre : les vendanges : elles se passent principalement en automne; idéalement le temps doit être sec.

Décembre - mars : la dormance d’hiver : il s’agit d cela fin du cycle végétatif.

 

Sources

www.cinemas-utopia.org
www.femivin.com
Wine & Spirit Education Trust
www.pleinchamp.com

 

Commentaires  

# Nico 24-04-2018 15:05
Article très sympa :)
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# Fred 24-04-2018 20:42
Merci Nico !
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