Corentin Quemener : Autres Vignes


Merci Corentin Quemener d’avoir accepté de répondre à nos questions et nous vous souhaitons plein succès pour Autres Vignes !


Vous venez d’ouvrir une deuxième boutique « Autres Vignes » rue Lamarck à Paris 18ème. Quel a été votre parcours jusqu’à cette inauguration

J'ai créé l'entreprise Autres Vignes à la toute fin 2012, directement après la fin des mes études et l'obtention de mon diplôme d'Ingénieur Agronome à Toulouse. L'objectif au départ était de sélectionner des vins bio d'artisans vignerons, et de les commercialiser en apportant ce qui manquait, à mon sens, au monde du vin : une explication claire, accessible, de l'homme ou la femme qui se cache derrière le vin sélectionné. J'ai toujours trouvé que le milieu du vin était assez snob, et on constate que même si la majorité des français disent apprécier et connaître le vin, plus de 80% des volumes de bouteilles s'écoulent en grandes surface. En réalité, le grand public connait peu le travail des vignerons, la différence entre l'agriculture biologique ou conventionnelle, et cela me semblait intéressant d'aborder le produit par sa partie "histoire" autant que par sa qualité gustative !
C'est comme cela que j'ai lancé, début 2013, le site Découverte Vins Bio qui propose de recevoir, chaque mois, 2 bouteilles différentes à domicile avec un livret détaillant l'histoire des vignerons, le terroir, les détails de la cuvée et les éléments de dégustation. Je trouve cela très important de mettre un visage et une histoire derrière le produit, et à cette époque la vente sur Internet était pour moi le moyen le plus simple de démarrer une activité sans investissements financiers trop lourds.

J'ai été rejoins dans le développement de cette activité fin 2013 par un ancien collègue de promotion, Florent BONELLO, et nous avons à partir de 2014 commencé à stocker de plus en plus de vin, à rédiger de plus en plus de fiches descriptives, et à vendre toute une gamme de vins bio à des professionnels (caves, restaurants, etc.).

En 2015, nous avons totalement arrêté la vente aux professionnels pour nous consacrer au développement de notre propre marque, Autres Vignes. Notre constat à l'époque était simple : nous avons une offre stable qui a pris plusieurs années à être construite, des fiches pour chaque référence, une connaissance parfaite de nos partenaires et de nos produits, un stock important...bref de quoi ouvrir une cave !  C'est également à ce moment que nous avons rencontré Nathalie, ancienne professionnelle de la communication en reconversion et que souhaitais ouvrir une cave à Toulouse. C'est ainsi que nous avons effectué les études de marché, définit le concept (architecture d'intérieur, identité visuelle, meubles, offre ,etc.) et ouvert la première cave Autres Vignes à Toulouse (5 rue Maury) en 2015 sur les bases suivantes : une boutique colorée, une offre simple (3 gammes par occasion et non un classement par région), un nombre de références limité (80 environ), des prix accessibles (de 5 à 25€) et bien sûr nos fameuses fiches qui accompagnent chaque bouteille achetée !

Notre objectif à partir de là était de suivre cette première boutique "pilote" pour ensuite dupliquer le concept et en ouvrir d'autres à travers la France.

Nous voila donc aujourd'hui à l'ouverture de la deuxième boutique Autres Vignes, dans un quartier que je connais bien : Montmartre !

La box « découverte vin bio » , dont vous êtes le créateur, affiche clairement l’aspect biologique des vins choisis. Pour Autres Vignes, cette notion est plus discrète. Est-ce voulu ?

Oui, cette nuance est voulu car sur Internet, nous recherchons un positionnement très clair et très marqué (Internet est une jungle...), donc un affichage clair dès le nom était avant tout un choix marketing. Pour Autres Vignes, l'offre est également composée à 100% de vins bio, mais l'objectif n'étais pas d'afficher une identité visuelle "bio" qui nous aurait tout de suite classé parmi les boutiques bio de type Biocoop par exemple ! Ce que nous souhaitons, c'est que le client arrive en boutique grâce à un visuel coloré et une identité visuelle travaillée, puis il découvre que les produits sont bons, pas chers, qu'ils ont une histoire, et qu'ils sont bio ! Cette façon de faire nous permet également d'accueillir des clients qui ont des à-priori sur les vins bio (par méconnaissance avant tout), et qui découvrent que les vins bio peuvent être bons, et pas trop cher, etc...donc on élargit notre cible sans perdre les clients qui ne veulent que du bio.
Le dernier point concernant le côté "bio" : à mon sens, dans 10, 15 ou 20 ans peut-être, la conduite en agriculture biologique sera intégrée dans les cahiers des charges des AOC, IGP, etc. La norme, ce sera donc les vins bio et nous militons pour cela ! Donc la différenciation trop forte de l'identité me paraîtrait ainsi relativement peu durable d'un point de vue marketing.

Les vins sélectionnés chez Autres Vignes font parfois partie du mouvement Vignerons indépendants. Est-ce un gage de qualité pour vous, que ce soit pour les vins bios ou les vins conventionnels ?

Tout à fait, nous ne travaillons qu'avec des artisans vignerons car ils produisent eux-même du raisin jusqu'au vin. Ainsi, en fonction des millésimes, des conditions climatiques ou personnelles, le vin peut être radicalement différent d'une année sur l'autre, mais il porte toujours une vraie identité ! Notre rôle est donc de sélectionner en permanence, et il arrive souvent de mettre une cuvée en boutique une année, et de ne pas la mettre la saison suivante, car la rapport qualité-prix ne nous paraît plus intéressant pour nos clients.
En comparaison, un vin issu d'une coopérative sera relativement constant d'une année sur l'autre ; vous n'aurez jamais de vins totalement ratés, mais vous n'aurez jamais de pépites...tandis que nous, nous recherchons les pépites ! Même si cela engendre des ruptures de stock dans l'année, et parfois beaucoup de travail pour obtenir certaines cuvée. Nous avons même certains vignerons qui ne font des cuvées que pour nous.

En plus de pouvoir découvrir des vins bios d’artisans vignerons, vous proposez des ateliers et soirées. Quelles en sont les thématiques ?

Les ateliers dégustation permettent de "passer en revue" 5 vins avec des planches de charcuterie et de fromage, tandis que les soirées thématiques nous entraînent vers des sujets comme "les effervescents", les vins "sans sulfites ajoutés", "les accords mets-vins" ou encore "vins et chocolats" !

Pensez-vous que les vins issus de raisins cultivés en biodynamie ou même d’agriculture raisonnée puissent un jour avoir autant le vent en poupe que les vins bios aujourd’hui ?

L'Agriculture raisonnée est une étape "préalable" à l'agriculture biologique (raisonnement de l'utilisation d'intrants et utilisation de pesticides uniquement si nécessité), tandis que la biodynamie est un concept qui va bien plus loin que l'agriculture biologique, en ce sens où les vignerons en biodynamie se positionnent dans une démarche globale (prise en compte des cycles de la lune, utilisation de tisanes, etc.) qui a pour pré-requis le label AB.
La vraie difficulté est de pouvoir expliquer au client la différence entre ces pratiques, ces labels (idem pour les éléments liés aux vins natures, vins sans sulfites ajoutées, etc.), car il s'agit de questions précises et assez techniques, dans lesquelles les gens se perdent aisément... un atelier d'oenologie est le moment idéal pour ça !

La scénographie est identique dans les deux boutiques Autres vignes (Toulouse et Paris). Pourriez-vous nous en expliquer le principe ?

L'espace (environ 50m²) est organisé autour d'une grande table centrale (qui accueille les nouveautés la journée et qui permet de réunir 10 à 12 personnes le soir pour les ateliers d'oenologie !) et de 3 meubles au mur qui représentent les 3 gammes de la boutique : "les vins pour tous les jours" (5 à 10€), "les vins pour (se) faire plaisir" (10 à 25€) et "les vins étonnants et détonants" (tous les prix, que des vins...étonnants !). Ces trois meubles, en bois et métal, ont été conçus sur-mesure, et permettent d'ajouter ou d'enlever des références, selon nos besoins et selon les ruptures de stock au fil de l'année.
De manière plus générale, ce classement des vins par occasion est une façon de proposer au client de ne pas se soucier de l'origine géographique ou de l'appellation des produits (car on s'y perd vite !), mais plutôt de l'occasion pour laquelle il vient acheter une bouteille. Il s'agit, là encore, d'une façon de "désacraliser" le vin pour le rendre plus accessible et ludique.
Le comptoir est quant à lui assez large pour accueillir, chaque semaine, 4 "vins de la semaine" qui sont proposés à la dégustation à nos clients. Enfin, un espace est prévu pour déguster tranquillement un verre, sans se presser, autour d'une bibliothèque et de deux chaises confortables !

Que pensez-vous des foires aux vins et salons des vins  pour l’amateur, qu’il soit curieux, néophyte ou éclairé ?

Un peu comme les soldes, les foires aux vins sont là pour écouler les derniers stocks de certaines cuvées ou de certains millésimes. Cette pratique concerne surtout les grandes surfaces et les cavistes qui se retrouvent avec des stocks importants en cours d'année...or ce n'est pas du tout notre cas ! Le plus souvent, les cuvées que nous proposons sont produites en trop petites quantité pour en avoir toute l'année, donc nous ne sommes jamais confrontés à devoir "déstocker". De plus, nous vendons à un prix juste toute l'année...et quand les prix sont juste on ne fait pas de soldes !

On peut parfois avoir l’impression que vingt cépages sont les plus répandus et connus, au détriment des cépages autochtones.Pensez-vous que la tendance puisse être inversée ?

Absolument, je pense que l'avenir est à la mise en avant de cépages autochtones, porteurs d'identité et de singularité. Les cépages "internationaux" ont fait leur preuve, mais le danger selon moi est de ne plus voir qu'eux dans le paysage, et dans ce cas c'est l'uniformisation qui guette. En France nous avons dans nos régions plus de 1500 cépages autochtones (à peut près autant qu'en Italie), et c'est une force énorme ! Je milite pour que ces cépages, adaptés à leurs terroirs, prennent le devant de la scène et s'intègrent le plus possible dans les assemblages. Les fiches descriptives et tous les efforts que nous faisons pour expliquer le produit et son histoire en boutique nous facilitent bien les choses pour faire passer ce genre de message à nos clients, qui y sont particulièrement sensibles.

Quels mots pourraient décrire le mieux le vin pour vous ?

Savoir-faire, terroir, simplicité, convivialité.

Pour terminer, quel est votre meilleur souvenir de dégustation ? Le pire ?

Le "meilleur" souvenir de dégustation a lieu chaque semaine, lorsque nous dégustons les échantillons reçus au bureau ou mieux encore chez les vignerons ! C'est la découverte qui m'anime, et le contexte de dégustation est très important, donc rien de mieux que de découvrir une pépite tout en discutant avec son créateur.

Les "pires" dégustations sont pour moi celles où où le snobisme prend le dessus, où les personnes présentes sont là pour étaler une science et montrer leur technicité de dégustation alors que le sujet n'était pas là. Cela m'est arrivé récemment alors que je participais à un jury de concours en compagnie de plusieurs sommeliers fraîchement diplômés de l'école hôtelière. J'ai remarqué que plusieurs d'entre eux (heureusement, une minorité !) passaient complètement à côté des vins dégustés à force de vouloir aligner un vocabulaire technique inadapté à la circonstance. Cela m'a gâché la dégustation. Le vin, à mon sens, est une chose complexe à réaliser mais qui doit être simple à consommer et à partager.


Autres Vignes
5 rue Maury
31000 TOULOUSE

Autres Vignes
90 rue Lamarck
75018 PARIS

www.autresvignes.fr/

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Propos publiés sur ce site avec l'aimable autorisation de Monsieur Corentin Quemener


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