Stéphanie Lebaron-Bouchonneau : Maître de chai au Château Gruaud-Larose

Pourriez-vous nous parler des vignes, du terroir du climat; leur incidence sur le vin ?

Gruaud-Larose aujourd’hui c’est 59% de Cabernet-Savignon, 27% de Merlot, 5% de Cabernet Franc, 3% de Petit Verdot de la surface totale. Les 6% restants correspondent aux parcelles en jachère, car nous laissons les sols au repos pendant 3 ans avant toute nouvelle replantation.


Nous sommes à la recherche d’un accord sol/cépage, les cabernets sont placés sur les plateaux de graves alors que les merlots sont sur des parcelles à tendances argileuses.
Le climat est à forte influence océanique, des hivers pluvieux (exemple de 2018) et des étés chauds et secs avec quelques orages souvent menaçant quand ils arrivent à des moments critiques (pendant la floraison, avant les vendanges en septembre).


Gruaud-Larose connait l’effet millésime, mais les outils et moyens mis en œuvre au vignoble permettent d’obtenir un raisin d’une grande qualité chaque année.

Qu'est-ce que effet millésime ?
La vigne est soumise à 3 facteurs climatiques : la chaleur, l’ensoleillement, la pluie. En fonction de la quantité de chacun de ces facteurs, la baie aura des caractéristiques différentes et l’identité du vin produit sera donc directement liée à ces 3 facteurs.
Bordeaux étant caractérisé par de fortes variations d'une année à l'autre en raison des différentes influences climatiques, c'est ce qui est appelé l'effet millésime.

Quelles sont les méthodes vinification choisies, et pour quelles raisons ?  

Nous travaillons de manière traditionnelle (vendanges manuelles) mais y allions la modernité (tri optique, gestions automatiques des températures).
Nous avons deux lignes de réception vendange pour être le plus réactif possible. Nous faisons de la sélection parcellaire (par cépage, terroir, âge des vignes).

L’extraction douce est menée par remontages et délestages, puis nous utilisons 3 pressoirs verticaux pour produire des vins de presses de qualité : Nous entonnons chaque pressée en barriques, puis nous regoûtons les barriques une à une (il y en a presque 200 !) pour sélectionner les meilleures.


Toutes ces choses sont faites de manière à être toujours plus précis.
Nous voulons vraiment être respectueux du produit et du terroir, et nous l’accompagnons pour qu’il puisse s’exprimer au mieux sans être interventionniste.

 

Sarget de Gruaud Larose est le second vin du château. Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est un second vin, et quelles différences ou point commun y a t-il avec le premier vin ?

Château Gruaud Larose - CaveLe second vin du Château, Sarget de Gruaud-Larose, est produit à partir des jeunes vignes (jusqu’à 15 ans) et des vignes qui sont plantées sur les bords du plateau, sur des sols un peu moins qualitatifs.
Les jeunes vignes produisent des raisins moins concentrés en tanins, en anthocyanes. Les vins qui en sont issus sont donc un peu plus légers que le Premier vin, et par conséquent sont plus accessibles rapidement en terme de buvabilité.


Les raisins sont vinifiés de la même manière que pour le Premier vin, on y apporte la même attention. C’est sur l’élevage qu’il y a une différence plus notable : les barriques neuves représentent 15% (85% pour le Premier) sur une durée d’élevage de 14 mois (18 mois pour le Premier).
Sarget de Gruaud-Larose peut se déguster à partir de 5 ans, mais venant d’un grand terroir de Saint-Julien, peut vieillir sans problème jusqu’à plus de 20 ans.

 

Sur l’étiquette, on peut voir une devise (qui est d’ailleurs identique avec les vins de Tokaj) surmontée d’une couronne; un blason composé de deux lions , deux ancres, une grappe de raisin et un bâteau. Auriez-vous des indications à nous révéler sur ces éléments ?

Château Gruaud Larose - EtiquetteEn effet, la devise est identique aux vins de Tokaj. Elle avait été annoncée par Louis XV lui-même, lors d’un repas avec Madame de Pompadour, concernant le vin liquoreux Tokay Aszu : « Voici, Madame, le roi des vins et le vin des rois ». Très appréciée par le Baron Sarget, elle a été reprise et apparait sur nos bouteilles en 1812. Elle aurait d’ailleurs renforcé la valeur monarchique de ce cru…
Chaque symbole présent sur le logo a bien entendu une connotation particulière…


La couronne avait été dessinée en l’honneur de la baronnie du Baron Sarget. Les lions, encadrant les armoiries, rendent hommage à Aliénor d’Aquitaine, duchesse d’Aquitaine qui développa le commerce des vins bordelais vers l’Angleterre. Et concernant les armoiries, elles font référence à Jean-Louis de Nogaret de la Valette, gouverneur de Guyenne : le bateau représente le pouvoir de celui-ci, car dès qu’un navire naviguait devant son vignoble de Saint-Julien, il se devait de baisser les voiles en signe d’allégeance (Beychevelle signifie « baisser la voile »). Les ancres symbolisent l’estuaire de la Gironde, et la grappe de raisin signifie le vignoble de Saint-Julien.

Beychevelle signifie « baisser la voile », [sur le blason] les ancres  symbolisent l’estuaire de la Gironde, et la grappe de raisin signifie le vignoble de Saint-Julien.

 

Commentaires  

# Pascal PITTE 05-05-2019 14:55
Superbe reportage, très didactique !
Bravo Stéphanie !
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# Fred 06-05-2019 06:59
Bonjour Pascal, merci pour votre message. Il sera transmis à Mme Lebaron. ;-)
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